RECITS

 

 

Bonjour Amis pêcheurs,
Le déboisage des rives de l’Ellé amène quelques observations dont nous pouvons convenir aisément.
Son utilité écologique, économique, la valorisation du patrimoine, le maintien d’une tradition, ne sont plus à démontrer.

L’aménagement des rives pour plus de confort pour les pêcheurs, tout en préservant la protection et les abris naturels des poissons.
L’occasion unique de se retrouver ensemble une matinée, à couper les branches d’arbres, les charrier, nettoyer le lit de la rivière, remettre en état les bardelles de pierres.
C’est un moment unique de partage, de discussions, de convivialité, ponctué par une bonne grillade de saucisses arrosée de vin rosé ! Des moments de bonheurs naturels dans notre monde tourmenté !

La délicieuse paella, préparée de main de maître-queux, par Philipe ROUILLE qui manie aussi bien les couteaux, fourchettes que la canne de 14 pieds. C’était ce samedi 3 octobre. Une nouvelle fois Philippe œuvrait pour la récompense offerte aux participants des déboisages. Avec toujours autant de succès, nous nous sommes régalés de la bonne chère et des discussions, d’échanges sur la pêche, les voyages l’apiculture et bien plus …

L’Association de Pêcheurs de Locunolé, maintient cette unité grâce à toutes ces actions, avec au centre une passion commune : la pêche, mais aussi la possibilité pour chacune et chacun d’entre nous de rompre avec la tendance actuelle à l’individualisme, mais au contraire de conjuguer nos efforts, notre savoir-faire, nos connaissances, pour renforcer l’Association et la maintenir toujours aussi vivante.

Je tiens ici à remercier Gérard LEBRIS et son équipe, et lui demande de bien vouloir instituer officiellement chaque année, un déjeuner des participants au déboisage (ma préférence : la Paella de maestro Philippe !), et si vous êtes d’accord vous pouvez lui passer le message.

A Locunolé le 3 octobre 2015, Yves OFFREDO

 

Auto psychanalyse d'un pêcheur invétéré / Conte halieutique, un tantinet surréaliste ; …  Vannes, juin 2014

                     Lorsqu’il eut atteint la soixantaine confirmée, après avoir couru les rivières du Levant au Ponant, du Sud au Septentrion, par                      toutes saisons, à travers une longue traque passionnelle du poisson, Caradec KERDONCUFF, pêcheur devant l’éternel                                              commença à poser LA QUESTION : Par quel déterminisme avait-il acquis le don de comprendre le mode                                                   de pensée des poissons, la faculté d’en attraper aussi facilement que pour un bonimenteur de talent d’                                                   escroquer des gens honnêtes et naïfs ?

                                                    La QUESTION devint obsessionnelle, cause d’insomnies, de moments d’absence dans la vie                                                     journalière, professionnelle ou relationnelle. Bref, elle le torturait ! Il lui fallait une explication.

                                                             Commença alors pour lui une quête approfondie sur le déterminisme de sa passion pour le                                                                                                      POISSON. Relevait-il de son génotype ou d’un phénotype acquis ?

 

Côté génotype, l’enquête familiale et collatérale fut négative ; personne dans la lignée n’avait perdu son temps sur les bords des rivières et des ruisseaux, dans les boutiques d’articles de pêche ou à la lecture de traités halieutiques.

Et pourtant c’était un pêcheur prodige, à l’instar du musicien prodige ! A cause de la pêche il avait commencé l’école avec un an de retard ; à cause de la pêche il était considéré par ses camarades de classe comme un doux illuminé; à cause de la pêche il était devenu silencieux comme un balbuzard, timide comme une truite et il apprit de bonne heure à se glisser au travers des mailles du système scolaire, tout comme la rivière glisse autour des trains de flottage, des rochers et des barrages qui entravent son voyage vers la mer. Non qu’il fut sauvage. Simplement il souffrait de ce déséquilibre propre aux prodiges. De même que le jeune Mozart ne s’intéressait qu’aux claviers, aux cordes et aux bois, il ne s’intéressait qu’aux lacs, aux rivières, aux torrents et à leurs populations.

Des années avant d’être capable de l‘exprimer par des mots, il savait que son destin le conduirait vers des eaux tumultueuses, des eaux bleues, vertes, boueuses, claires ou salies. Dès le début, il avait l’esprit et le cœur si pleins d’éléments liquides que presque tout le reste sur la surface bulbeuse de la terre lui apparaissait comme déplacé, gênant, juste bon à lui faire perdre son temps.

Il procéda alors par analogies, passant en revue les exemples les plus frappants : lors de sa naissance l’enfant humain subit un rituel presque identique à celui de la truite lors de sa mort, à savoir :
1- On tape le poisson sur la tête, mettant ainsi fin à ses souffrances et on tape le nouveau-né sur les fesses lui donnant ainsi un aperçu des souffrances à venir.
2- On pèse et on mesure le poisson et on inflige au nouveau-né un traitement similaire.
3- On débarrasse le poisson de la couche visqueuse qui le protégeait dans l’eau et on débarrasse de même le nouveau-né de sa couche protectrice.
4- On place le poisson dans un endroit rectangulaire froid dans l’attente du taxidermiste qui le bourrera de paille afin de créer une illusion de chair saine sur un corps sans vie, et on place le nouveau-né dans un endroit rectangulaire, chaud dans l’espoir de créer une vraie chair saine sur un corps vivant.

Les autres exemples de comportements humains rappelant fâcheusement ceux des poissons, abondent trop pour être étudiés en détails, mais des analogies troublantes ne devraient pas échapper à tout pêcheur à la ligne…
1- Entre les enfants dans les écoles et les petits saumons qu’on élève dans les bassins.
2- Entre les danseurs dans les boites de nuits et les saumons dans les frayères.
3- Entre les banlieusards dans les cités dortoirs et les appareils à éclosion dans les réservoirs à truites.
4- Entre les industriels pollueurs et les poissons poubelles.

Mais toutes ces considérations s’appliquaient aux pêcheurs tout venant, mais pas à lui le prodige, l’homme qui parlait et comprenait le « POISSON ».

Alors lui revint à l’esprit que pendant les neuf mois qui précédèrent sa naissance, il fut abrité dans les eaux du ventre de sa mère…
Le fœtus normal n’est pas nageur. Il ne ressemble ni à un poisson, ni à un phoque, ni à une aiguille, ni même à une tortue : il est étranger au milieu aquatique où il se meut avec maladresse, sorte de créature terrestre tâtonnante, désorientée par son immersion et désireuse de s’en échapper.
Il n’était pas un fœtus de ce genre ! Son style de natation n’était pas celui d’un humanoïde : qu’il s’agisse de papillon, de crawl, de dos crawlé ou de brasse ; il pratiquait les mouvements sûrs et rapides d’une grosse truite difforme à l’aise dans son milieu naturel, qui paresse et fend de ses nageoires l’eau limpide et fraîche d’un bassin de la rivière, un pool comme disent les pêcheurs.

Du coup il fut certain qu’il n’avait pas été seul à barboter durant 9 mois dans le liquide amniotique du ventre de sa mère : une truite Fario lui avait tenu compagnie, ses flancs dorés piquetés de taches rouges vermeil le caressant au cours de la nage circulaire qu’elle effectuait à son entour dans un ballet qui dura 9 mois.
Grâce à sa présence, il avait acquis le phénotype « POISSON
»

Et tout devint clair pour lui… !

Mais alors, une autre question surgit sournoisement : par quel biais, cette truite aux flancs dorés, s’était-elle glissée avec lui dans le ventre de sa mère … ?

A Vannes le 2 juin 2014. Jean NIAUSSAT

Souvenirs, souvenirs... par le Docteur Jean Niaussat, Vannes, février 2013

Oui ! Tes grands yeux noirs font mon désespoir !

Ce sont les paroles d'une chanson tzigane qu'une jeune femme russe, originaire de Niznij-Novogorod, chantait lors de ses venues à la maison, accompagnée au piano par notre mère. C'était en 1946. Elle avait fui la Russie en 1942, au moment de la rupture du pacte germano-soviétique, craignant les représailles nazies envers les races non aryennes. Après un terrible périple, elle était arrivée seule en Charente Maritime. Elle avait une voix d'alto, grave et un fort accent russe qui roulait les r.

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J'avais dix ans et demi et d'autres chats à fouetter que de me souvenir des paroles de cette mélopée jusqu'au jour où

Nous sommes en 1992, à la fin du mois d'avril. Le Colonel Jean Rapilly me téléphone un matin pour me demander s'il me plairait de l'accompagner le jeudi de l'Ascension, pêcher aux Princes dans la propriété de la famille Verne. Je le remercierais chaleureusement : une telle invitation sur un parcours de cette renommée met en joie n'importe quel quidam... Rendez-vous est pris le jour de l'Ascension 1992, à son domicile sur les hauteurs de Quimperlé, pour 9 h AM. Mieux vaut ne pas être en retard avec un Colonel...

Je ne connaissais l'étang aux Princes que de renommée et de la vue que l'on a, à l'amont des Roches du Diable, sur ce magnifique parcours de l'Ellé. Aussi prends-je rendez-vous avec notre regretté Henri Clerc pour un débriefing sur le chapitre. Le samedi suivant nous déjeunons ensemble, fort agréablement, déjeuner au cours duquel il me met au parfum des endroits privilégiés à ne pas manquer et comment les pêcher. Lors du café, il m'offre quatre de ses célèbres mouches à saumon (corps en bourre de sanglier prélevée sur bête vivante, cerclées d'un tinsel argenté, ailes en fibres de paonne soit prélevées dans le milieu de la plume où elles sont plus nerveuses pour pêcher les eaux rapides, soit vers le bas plus souples, pour la pêche des eaux plus lentes) car, comme m'écrivait mon ami Charles de Vazeilles : « du poil pour les courants, de la plume pour les étangs ».

Mais surtout le père Clerc avait bien insisté : « mon cher docteur, en remontant le parcours depuis les rapides avant les Roches du Diable, au niveau de la fin du premier tiers, remarquez bien deux gros rochers au milieu du cours de l'Ellé. Entre ces deux blocs, la rivière s'engage en un courant profond et calme. Il y a toujours un saumon mordeur tant que le soleil ne donne pas sur ce passage. Donc à faire soit tôt le matin, soit en soirée, lorsque le soleil a basculé derrière la crête de la colline à l'ouest. Faîtes ce courant lent avec délicatesse pour présenter avec grâce l'une des quatre mouches... ».
Muni de ces conseils et de son viatique, j'attendais avec impatience le jour de l'Ascension au mois de mai 1992.

Mi-mai 1992, jeudi de l'Ascension : jour J.
9 h du matin : l'horloge de l'église de Quimperlé égrainait les neufs coups fatidiques lorsque je me présentais devant la porte de la maison du Colonel. L'huis s'ouvrit instantanément et je saluais le colonel et le charmant monsieur Alléo. Remerciements et présentations furent rapidemment échangés. Nous partîmes, sur le champ, en convoi, la 2CV bleue clair précédant ma Rancho.

C'est un jour radieux du mois de mai, pas un nuage, le soleil omniprésent, les couleurs des arbres se déclinent dans des tons verts multiples, les rhododendrons sont en fleurs. Une merveille pour le farniente et la bronzette à la plage... Pour la pêche, il faudra aviser...

Notre convoi s'engage dans les allées de la propriété jusqu'au parking situé sous le château : de là, vue exceptionnelle sur le parcours des Princes. Les cannes sont rapidement montées et tous les trois, d'un pas vif et conquérant, traversons la prairie pour rejoindre la rivière : le niveau d'eau est en ordre mais le cours de l'Ellé étincelle sous le soleil. Après un court conciliabule, nous nous séparons, chacun plein d'espoir.

D'emblée, je me dirige vers le bas du parcours et repère en peu de temps la place décrite par Henri Clerc : le goulet d'eau entre les deux gros rochers. On ne peut pas se tromper. Je laisse le coup tranquille et remonte vers le haut du parcours, loin du bord car le soleil porte des ombres sur la rivière. Il est 10 h 30 lorsque j'ai fini mon inspection de repérage et, compte tenu du grand soleil, je retourne à ma voiture, y prends un plaid et vais m'installer tranquillement au soleil pour une bulle dans un décor de rêve : rien ne bouge sur la rivière...

Midi sonne lorsque nous repartons déjeuner à Quimperlé. Les conversations du repas tournent sur des souvenirs de pêche : c'est classique! Vers 15 h, nous sommes à nouveau au bord de l'eau. Etant donné le soleil, la douceur de l'air, je déroule à nouveau le plaid après avoir préparé tous mes affutiaux piscicoles : canne, soie, bas de ligne, boîtes à mouches.

Sur ce, je mets en route une bonne sieste jusqu'à 17 h. Je m'extirpe avec courage car le soleil commence à se rapprocher du haut de la colline qui domine la rive droite orthodromique de l'Ellé et quelques ombres portées se dessinent au pied des arbres qui bordent cette rive. Je vais donc m'installer à vingt mètres de la rive gauche, légèrement en amont du goulet entre les deux rochers. Je choisis une des mouches offertes par Henri Clerc : sa teinte générale légèrement marron jaunâtre, ses ailes en fibres de paonne assez souples me plaisent pour pêcher ce courant lent. Je vérifie le noeud. Tout est prêt pour le final...

Quelques cigarettes, l'observation des bergeronnettes qui voltigent au dessus de l'eau, le chuintement de l'eau sur les rochers, accaparent ma méditation :

« Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté ».

Et l'ombre de la colline s'étend désormais entre ces deux rochers et la veine d'eau qui s'y écoule lentement...

On n'est pas là pour rêvasser : au boulot !

Je remonte lentement de quelques mètres, me positionne dans l'axe du goulet et propulse ma mouche à l'entrée amont de ce dernier pour qu'elle se mouille et plonge légèrement. Je ramène lentement ma soie et arme un second lancer posant ma mouche en douceur en aval des deux rochers cette fois-ci. Je la voie dix à vingt centimètres sous la surface qui ondule calmement dans le léger courant. Je ramène lentement ma soie, ma mouche s'engage dans le goulet travaillant à la perfection. A cet instant, un coucou se met à chanter sur la rive d'en face et j'essaie un bref instant de le repérer mais, ce faisant, j'arrête ma récupération... Très vite je reporte mon regard en direction de ma mouche et j'ai alors l'impression que quelqu'un me regarde : sensation étrange mais réelle!

Je distingue alors, vingt à trente centimètres derrière la mouche, deux yeux noirs qui la fixent et me fixent!

Ce sont ceux d'un beau saumon faisant du surplace derrière mon leurre : ses ouïes et sa bouche s'entrouvent au même rythme, ses nageoires pectorales s' agitent tranquillement, la dorsale et la caudale godillent lentement dans le courant... Nous nous fixons mutuellement pendant dix à vingt secondes !

« O temps suspend ton vol ! »

Instinctivement je reprends la lente récupération de ma soie et lui, instinctivement, regagne le fond laissant en surface un léger bouillonnement qui va s'élargissant !

Salut l'artiste!

Derrière moi, le colonel et monsieur Alléo, qui s'étaient approchés sans bruit et sans mouvements brusques, me disent alors : On rêve Docteur !

Quant à moi, 46 ans après, me revinrent instantanément les paroles de cette chanson tzigane :

« Oui tes grands yeux noirs font mon désespoir ! » que nous chantait la belle Sonia.

Et 31 ans après le jour de l'Ascension, en mai 1992, je revis encore cette sensation d'être observé de près par deux yeux noirs d'un saumon de l'étang aux Princes...

Dépité mais heureux de ce spectacle éphémère, je pliais ma gaule et offrais la mouche d'Henri Clerc au Colonel.

Envoi

Dès le lendemain, dans la matinée, Jean Rapilly me téléphonait pour m' annoncer que le saumon aux grands yeux noirs avait succombé aux charmes de la mouche du Père Clerc, tôt dans la matinée, avant que le soleil n'inonde de sa splendeur printanière le goulet entre les deux rochers...

Esta la vida

Jean Niaussat, Vannes, Février 2013


Le 18/04/2012 à 12h50, saumon sur le Runo, 75cm, 3.8kg par Marcel Dano.
"Avec l'arrivée de la pluie, la chance peut aussi nous sourire !
Arrivés tardivement, vers 10h30 ,sur le parcours de pêche de Locunolé, un premier passage m'avait intrigué à un endroit déjà répertorié par de nombreux pécheurs : j'avais remarqué un tout petit remous derrière ma mouche. J'ai eu l'impression qu'un poisson était venu voir ma mouche. J'ai insisté un peu sans succès.
En remontant le parcours, un peu avant 13h... un gros rond nous surprend. On a eu l'impression de voir une grosse truite.
Au premier lancer, la « grosse truite » vient voir ma mouche... au deuxième lancer ce poisson poursuit la mouche crevette sur 20cm sans la prendre... Au troisième lancer l'accélération et le ripage de la mouche en surface déclenchèrent la prise violente de la mouche.
Le poisson se tourne violemment vers l'aval en faisant un joli bond au dessus de l'eau. Ce n'était pas une grosse truite mais un saumon. La lutte fut très animée, sprint vers l'amont puis vers l'aval, un saut périlleux dans les herbiers puis après avoir frôlé l'épuisette à plusieurs reprises un dernier passage l'a guidé au fond de l'épuisette que tenait Raymond.
C'est là que nous découvrons une masse plus imposante que nous imaginions..."

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